Colloque annuel de l’AFSQ : Un rendez-vous ancré dans les réalités forestières d’aujourd’hui
Mélanie Bergeron, biol., M.Sc. Association forestière du sud du Québec

Le colloque annuel 2025 de l’Association forestière du sud du Québec (AFSQ), tenu en octobre, a rassemblé propriétaires de boisés, professionnels forestiers, cher-cheurs et partenaires du milieu. Fidèle à sa mission, l’évènement a une fois de plus réussi à créer un espace où l’on partage des connaissances essentielles, où l’on discute des enjeux émergents et où l’on met en lumière les innovations susceptibles d’améliorer la gestion des boisés privés.
L’édition 2025 a offert une programmation riche et diversifiée, allant de la ges-tion de l’eau en milieu forestier à l’adaptation aux changements climatiques, en passant par les avancées technologiques en visualisation 3D, les mises à jour réglementaires, et même des démonstrations consacrées à la sécurité en abattage manuel. Ce mélange de contenu théorique et pratique a été très apprécié des participants, qui sont repartis avec des idées, outils et réflexions applicables dès maintenant dans leurs boisés.
Comprendre et apaiser les inquiétudes des propriétaires
La journée s’est ouverte sur un survol clair et concret des changements régle-mentaires touchant l’aménagement des milieux humides. Cette conférence a mis en lumière les nombreuses appréhensions que vivent les propriétaires de boisés lorsqu’ils doivent composer avec la réglementation entourant les milieux humides et les travaux forestiers. Jean-Pierre Faucher, ing.f. et directeur à l’Agence de mise en valeur des forêts privées des Appalaches, a partagé les préoccupations les plus fréquemment observées : crainte de contrevenir aux règles, confusion devant l’interprétation des lois, inquiétudes face aux contradictions entre municipalités, notaires ou évaluateurs, et peur qu’un milieu humide déclaré fasse diminuer la valeur de la propriété.
Pour répondre à ces craintes, il a insisté sur l’importance de s’informer. Il a encouragé les propriétaires à consulter les conseillers forestiers et à surveiller la publication des futures fiches de la Fédération des producteurs forestiers du Québec qui expliqueront le nouveau règlement attendu en 2026.
Son message principal : il est important de bien identifier les milieux humides, ils sont nombreux et fréquents, et plusieurs activités forestières sont possibles dans ces milieux. Toutefois, il faut s’informer régulièrement, car la réglemen-tation est en constante évolution.
Comprendre et gérer l’eau
La deuxième conférence portait sur la gestion de l’eau de pluie en milieu forestier, animée par Raphaël Leblond, coordonnateur au développe-ment de projets hydriques au Comité de bassin de la rivière Chaudière (COBARIC). L’eau, rappelait-il, « ne se soucie pas des limites adminis-tratives » et devrait être gérée selon un socle commun cohérent pour l’ensemble des intervenants forestiers de la forêt privée et publique.
Il a aussi insisté sur l’efficacité de chemins forestiers bien conçus comme moyen pour réduire l’érosion en milieu forestier. Le conférencier a rappelé que les chemins sont la première source de sédiments transportés vers les cours d’eau issus de la forêt. En appliquant des techniques simples comme installer des barres d’eau pour couper la vitesse de ruissellement, multiplier les sorties latérales pour diffuser l’eau à travers le terrain, ou stabiliser les fossés et les pentes, le propriétaire peut diminuer fortement les apports sédimentaires et dommages en aval.
Ces pratiques sont aussi hautement rentables, puisque chaque tonne de sédiments qui ne part pas du chemin est une tonne qui n’a pas à être remplacée lors des travaux de réfection. Le conférencier rappelait d’ailleurs que, dans les faits, « la recharge des chemins, c’est l’équiva-lent de ce qui est parti vers le milieu naturel ». Autrement dit, chaque amélioration réduit les coûts d’entretien futurs, tout en protégeant les infrastructures, les milieux hydriques et la réputation du propriétaire.
L’innovation 3D au service de l’acceptabilité sociale
Un des moments forts du colloque fut sans contredit la présentation de l’outil Géosylva par Amélie Denoncourt, ing.f. et coordonnatrice du Programme d’aménagement durable des forêts à la MRC de Montmagny, une plate-forme immersive de visualisation 3D développée en collaboration avec le Centre d’enseignement et de recherche en foresterie (CERFO) et le Centre en imagerie numérique et médias interactifs (CIMMI). Grâce à des données provenant de Données Québec et à un traitement de haute précision via Unreal Engine, cet outil permet de visualiser un territoire forestier avant et après l’intervention sylvicole proposée à partir de différents points de vue et même d’explorer le sous-bois.
Cette technologie représente un tournant dans la manière d’aborder les consultations publiques. La conférencière témoignait déjà d’une hausse notable de la participation citoyenne et d’une meilleure compréhension globale des projets forestiers par les acteurs concernés. Cela permet, selon elle, de se concentrer sur les réels enjeux et d’augmenter l’efficience du processus de consultation. « Visualiser, c’est comprendre. Et comprendre, c’est participer efficacement et mieux décider. »

S’adapter aux changements climatiques : de la théorie à la pratique
L’après-midi s’est poursuivi en forêt avec un atelier portant sur l’adaptation aux changements climatiques. Samuel Royer-Tardif, biol., Ph. D., directeur-environnement forestier au CERFO, a présenté un projet d’analyse de vul-nérabilité de boisés. Les participants ont pu comprendre comment évaluer l’exposition d’un site, la sensibilité des essences et la capacité d’adaptation des systèmes forestiers.
L’un des apprentissages marquants : la nécessité d’être agile. Le conférencier a souligné que certains forestiers ont tendance à rechercher des approches prescriptives alors que le contexte des changements climatiques exige une plus grande flexibilité et une ouverture à des scénarios multiples pour une même forêt.
Un autre message fort a été l’importance de diversifier les essences et les produits du bois qui en découlent. L’érable rouge, par exemple, a été présenté comme une ressource sous-utilisée, possédant pourtant un bon potentiel pour soutenir la résilience des forêts et de la chaîne de transfor-mation du bois. Des ateliers de réflexion et des projets de mobilisation des centres de transformation sont d’ailleurs en cours au Québec pour explorer de nouvelles avenues liées à cette essence.

Sécurité en abattage : des rappels essentiels
Le colloque s’est conclu avec une formation abrégée sur la sécurité en abattage manuel offerte par François Bourdoncle, formateur accrédité en abattage manuel CNESST auprès de l’Association des propriétaires de boisés de la Beauce.
Les participants ont d’abord été sensibilisés aux risques de l’abattage manuel. Par exemple, on a 60 % plus de chance d’être heurté par une branche si l’on s’éloigne de 3 m d’un arbre qui tombe comparativement à 9 m.
Ensuite, les normes actuelles concernant les équipements de sécurité, les procédures et l’usage d’outils comme les coins d’abattage ont été révisés. Parmi les conseils du conférencier, notons :
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Reporter un chantier s’il y a trop de vent;
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Prendre le temps d’observer soigneusement l’arbre et la zone d’abattage;
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Refuser de couper un arbre si le risque est trop grand;
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Sécuriser la zone d’abattage et identifier la zone de repli avant de réaliser une coupe;
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Après la chute d’un arbre, examiner les arbres environnants pour évaluer le risque de chute de branches.

Un colloque qui nourrit la réflexion… et l’envie de revenir
L’édition 2025 du colloque de l’AFSQ s’est distinguée par la richesse de ses contenus et la pertinence de ses échanges. Les participants sont repartis mieux outillés pour :
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comprendre les nouvelles obligations réglementaires;
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intégrer l’eau comme élément structurant de l’aménagement;
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explorer les avantages des nouvelles technologies de visualisation;
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analyser la vulnérabilité de leurs peuplements;
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diversifier la composition de leurs boisés;
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intervenir de manière sécuritaire et adaptée en forêt.
Pour plusieurs, cette journée a été l’occasion de découvrir des outils concrets, d’échanger avec des experts, mais aussi de constater qu’ils ne sont pas seuls à affronter les enjeux complexes de la forêt d’aujourd’hui.
L’AFSQ remercie tous les partenaires de l’évènement, sans qui rien n’aurait été possible. Le colloque annuel de l’AFSQ sera de retour le 22 octobre 2026 à Val-des-Sources en Estrie. Un rendez-vous à ne pas manquer pour toute personne souhaitant comprendre, valoriser et faire évoluer son boisé dans un contexte en pleine transformation.
Pour en savoir plus
Les trois premières conférences sont disponibles en réécoute sur la chaîne YouTube de l’AFSQ.
Partenaires du colloque 2025
Ce colloque a été financé par le Programme d’aménagement durable des forêts, un programme du ministère des Ressources naturelles et des Forêts, ainsi que par la contribution des partenaires suivants :


