Limiter l'érosion des sols


 

L’érosion des sols est souvent discrète, mais ses impacts peuvent être majeurs et durables. En forêt, certaines interventions peuvent accentuer le ruissellement de l’eau et entraîner le déplacement de particules de sol. Ces pertes de sol peuvent nuire à la productivité forestière, dégrader les cours d’eau et engendrer des coûts importants pour le propriétaire. Heureusement, des pratiques simples et éprouvées permettent de limiter efficacement l’érosion tout en améliorant la rentabilité à long terme de vos aménagements.

 

 

Pourquoi l’érosion est un enjeu majeur

Le sol forestier soutient la croissance des arbres en stockant l’eau et les nutriments, et en filtrant naturellement les sédiments. Lorsqu’il est mis à nu ou compacté, le ruissellement s’accélère selon la pente, entraînant une réduction de la recharge des nappes phréatiques, une hausse des débits de pointe dans les fossés, des pertes de sol, un orniérage accru, une fertilité réduite et un risque de dommage aux infrastructures (ponceaux et chemins). Sans oublier que les répercussions peuvent s'étendre au-delà des limites du boisé. Une gestion attentive des chemins, du drainage et des bandes riveraines permet de limiter ces impacts et de protéger à la fois les sols et les milieux aquatiques.

 

Bénéfices des bonnes pratiques

  • Préserve la structure et la fertilité des sols

  • Protège la qualité de l’eau et maintiens les habitats aquatiques

  • Réduis les coûts d’entretien des chemins et ponceaux

  • Favorise la croissance des arbres

  • Contribue à l’acceptabilité sociale des activités forestières

  • Diminue les coûts de filtration de l'eau potable

 

Aménager de façon responsable

Voici quelques conseils pour limiter l’érosion des sols lors des activités forestières, tout en maintenant la productivité du boisé et la qualité de l’eau des milieux environnants. Globalement, les objectifs sont de réduire la vitesse de l’eau, de diffuser l’eau le plus souvent possible dans des sols perméables et d’augmenter le temps que met l’eau à rejoindre les cours d’eau.

 

1. Planifier ses interventions

  • Identifier les zones sensibles à l’érosion (pentes fortes, sols fins ou minces, milieux humides, bandes riveraines, cours d’eau) et le sens de l'écoulement naturel de l'eau

  • Choisir une période d’intervention adaptée (quand le sol est sec en été ou automne; quand le sol est bien gelé en hiver)

  • Délimiter les chemins et sentiers de débardage (tracés courts, bien drainés et idéalement, parallèles aux courbes de niveau du terrain)

  • Prévoir des mesures de stabilisation (ensemencement, paillage)

 

 

2. Concevoir les chemins

Les chemins forestiers sont l’une des principales sources d’érosion en forêt. Une conception adéquate fait la différence et un entretien régulier est toujours plus économique que des réparations majeures.

  • Incliner légèrement (1 à 2 %) ou bomber le chemin pour évacuer l’eau vers les fossés

  • Prévoir des barres d'eau à intervalles réguliers pour évacuer l'eau d’un chemin ayant une pente supérieure à 7 %

  • Créer des fossés fonctionnels avec sorties d’eau fréquentes pour éviter l’accumulation de sédiments

  • Détourner les eaux des fossés vers la végétation au moins 20 m avant un cours d’eau.

  • Stabiliser les talus après les travaux par ensemencement ou paillage

  • Végétaliser les fossés, y compris leur fond, avec du mélange B ou de l'avoine et éviter que les feuillus intolérants s'installent

 

 

3. Adapter les pratiques

Lors des opérations de récolte, le maintien d’un couvert végétal partiel est une mesure efficace pour protéger le sol. Les résidus de coupe laissés au sol agissent comme un paillis naturel qui amortit l’impact des gouttes de pluie et ralentit le ruissellement.

  • Maintenir un couvert végétal partiel

  • Disposer les résidus de coupe dans les sentiers de débardage (limite la création d’ornières)

  • Utiliser une machinerie adaptée

  • Limiter l'occupation des sentiers et utiliser des sentiers permanents hors des zones sensibles pour préserver le reste du peuplement

  • Interrompre les travaux si le sol devient trop humide

  • Éviter les ornières autant que possible; si elles se forment, détourner régulièrement l’eau vers des zones végétalisées

 

 

4. Protéger les zones humides et hydriques

Les bandes riveraines jouent un rôle essentiel en ralentissant l'écoulement de l'eau, en filtrant les sédiments, en stabilisant les berges et en fournissant un ombrage qui contribue à garder l’eau fraîche et davantage oxygénée.

  • Maintenir une bande riveraine boisée de 10 ou 15 m selon la pente (peut varier selon la réglementation municipale), y récolter au maximum un tiers du volume des tiges par période de 10 ans et éviter d'y circuler avec la machinerie

  • Surveiller les arbres pouvant se renverser et nuire à la stabilité de la berge, et récolter préférablement les arbres penchés vers le cours d'eau et les arbres matures à faible enracinement (ex. : peuplier faux-tremble ou sapin baumier)

  • Éviter le plus possible de traverser les cours d'eau et lorsque nécessaire, utiliser des ponts ou ponceaux adaptés et bien positionnés

  • Prévoir l'activité du castor et nettoyer les ponceaux périodiquement

  • Utiliser la machinerie en milieux humides uniquement sur sol gelé ou sec

  • Consulter la réglementation s’appliquant aux milieux humides et hydriques : foretprivee.ca/mhh

 

5. Restaurer et corriger

Même avec une bonne planification, certaines zones peuvent être perturbées. Il est alors essentiel d’intervenir rapidement. Bien que la restauration et le retour à l'état initial soient difficiles, plus l'intervention est rapide, plus les chances de succès sont élevées et moins les coûts sont importants. Pensez à reprofiler les surfaces perturbées, ensemencer ou pailler les sols exposés et corriger les ornières dès leur apparition. 

 

Un investissement gagnant à long terme

Limiter l’érosion des sols en forêt privée, ce n’est pas une contrainte : c’est un investissement. En protégeant vos sols, vous protégez la productivité de votre boisé, la qualité de l’eau et la valeur de votre patrimoine forestier. La gestion durable des eaux de pluie permet aussi de réduire les coûts d’entretien des chemins et des infrastructures. Les investissements initiaux sont souvent récupérés en quelques années seulement, après quoi les économies deviennent récurrentes. Des pratiques simples, bien appliquées, permettent de concilier activités forestières,rentabilité et respect de l’environnement.

 

 

 

S'entourer des bonnes ressources

Les propriétaires de boisé privé ne sont pas seuls. Les conseillers forestiers, les organismes de bassins versants et les entrepreneurs en travaux sylvicoles qualifiés possèdent l’expertise nécessaire pour vous guider.

TROUVER UN INTERVENANT ICI

 

 

Guide pour contrer l'érosion des chemins forestiers du RAPPEL

Guide terrain Saines pratiques d'intervention en forêt privée de la Fédération des producteurs forestiers du Québec

 

 


 

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