La tordeuse des bourgeons de l'épinette

 


 

La tordeuse des bourgeons de l’épinette (TBE) est l’insecte forestier le plus dommageable des forêts de conifères en Amérique du Nord. Indigène au Québec, elle occupe le territoire depuis des milliers d’années et fait partie du cycle naturel de régénération des forêts. Ses épidémies, qui surviennent environ tous les 30 ans, contribuent notamment à renouveler les peuplements en favorisant l’apparition de jeunes arbres et en créant des habitats fauniques. Cependant, lorsque les populations deviennent très élevées (épidémique), la TBE peut causer des dommages économiques majeurs, en particulier dans les peuplements où le sapin baumier domine.

 

 

Biologie en bref

La TBE (Spruce budworm, Choristoneura fumiferana Clemens) passe par quatre stades : œuf, larve (chenille), chrysalide et papillon. Il y a une génération par année. Ce sont les chenilles qui sont les plus dommageables pour les arbres, surtout le dernier stade larvaire qui est responsable de 85 % de la défoliation. Les chenilles sortent de leur abri hivernal au printemps. Elles se nourrissent du pollen, puis des aiguilles et des nouvelles pousses. En juillet, elles se transforment et deviennent adultes. Enfin, les femelles pondent à la fin de l'été jusqu’à 200 œufs sur les aiguilles, principalement dans la cime.
 

Identification

Chenille mature

  • 20 à 30 mm de long à maturité;

  • Tête brun foncé ou noire, dos brun foncé avec taches jaunâtres ou crème, corps brun rougeâtre;

  • Souvent cachée dans les pousses liées par des fils de soie.

 

 

Papillon adulte

  • Envergure d'environ 22 mm;

  • Brun grisâtre, avec petites taches blanches et foncées.

Œufs

  • Petites plaques superposées, vert pomme, généralement sur la face inférieure des aiguilles de la cime.

 

 

Dommages aux arbres

La TBE s’attaque aux nouvelles pousses selon un ordre de préférence : (1) sapin baumier, (2) épinette blanche et (3) épinette de Norvège. Les épinettes rouges et noires sont aussi touchées, mais moins sévèrement. Les signes visibles sont :

Au printemps et au début de l’été

  • Petits amas de soie et débris d’aiguilles liés ensemble;

  • Aiguilles partiellement rongées;

  • Bourgeons perforés;

  • Fils de soie parfois visibles entre les branches.

 

 

À la fin juin

  • Extrémités des branches rougeâtres (aiguilles sèches);

  • Pousses de l’année souvent raccourcies ou manquantes;

  • Présence possible de nombreuses chenilles.

 

 

Après plusieurs années

  • Cime clairsemée et arbres de teinte grisâtre;

  • Réduction notable de la croissance;

  • Mortalité progressive des arbres vulnérables (sapins en premier).

 

 

Il faut généralement au moins quatre années de défoliation grave pour que les premiers arbres meurent, mais dans une sapinière mûre, dense ou située sur un sol pauvre, la mortalité peut arriver plus rapidement.

 

 

 

Conséquences économiques et forestières

La TBE fait partie du cycle naturel des forêts québécoises, mais les épidémies peuvent causer des pertes importantes :

  • Diminution du volume marchand;

  • Perte de qualité du bois (attaques secondaires d’insectes et champignons);

  • Baisse de productivité lors des opérations;

  • Hausse du risque d’incendie (présence de nombreux arbres morts);

  • Nécessité de reboiser lorsque la régénération en insuffisante.

 

Que peut faire un propriétaire?

 

Avant une épidémie : se préparer

D'abord, il ne faut pas paniquer. La préparation est la meilleure protection. Puis, même si les dommages annuels peuvent être impressionnants, la mortalité n'est pas instantanée et l'on a du temps pour adapter nos pratiques d'aménagement.

1. Suivre l’évolution de l’épidémie

  • Visualiser les zones touchées sur Forêt Ouverte;

  • Surveiller vos plantations et jeunes peuplements éclaircis; ce sont des investissements à protéger.

2. Évaluer la vulnérabilité de votre boisé

Les peuplements les plus à risque sont les sapinières et pessières blanches matures, les peuplements denses et les sites pauvres, très secs ou très humides. Si le sapin baumier occupe une grande partie du boisé, la vigilance doit être accrue.

3. Contacter un conseiller forestier

Un ingénieur forestier œuvrant en forêt privée peut évaluer les risques, recommander des travaux adaptés, planifier une récolte préventive et vérifier l’admissibilité de vos parcelles au programme d’arrosage Btk.

4. Réduire la vulnérabilité par des travaux sylvicoles

  • Réduire la proportion de sapin dans les peuplements mélangés;

  • Favoriser une diversité, une grande vigueur et un feuillage abondant par des éclaircies;

  • Récolter de façon préventive les sapinières et pessières blanches matures avant l’arrivée de l’épidémie;

  • Éviter les éclaircies précommerciales dans les jeunes peuplements vulnérables à l'approche d'une épidémie.

 

En période d’épidémie : intervenir

Une fois l’épidémie engagée, certaines actions demeurent possibles pour limiter les pertes.

1. Récolte accélérée

Récolter rapidement les sapins et épinettes matures les plus vulnérables ainsi que les conifères affaiblis qui présentent un risque de perte commerciale. Le sciage perd rapidement sa valeur dès deux ans suivant la mort de l’arbre.

2. Arrosage au Btk

Il est possible de faire appliquer un insecticide biologique, le Bacillus thuringiensis var. kurstaki ou Btk, par voie aérienne. Il est destiné aux jeunes peuplements (minimum 21 ans) où la récolte n’est pas possible (arbres trop petits). L'arrosage permet de :

  • protéger les investissements sylvicoles;

  • préserver au moins 50 % du feuillage annuel;

  • éviter la mortalité massive.

Les boisés privés de moins de 800 ha peuvent être admissibles au programme de protection de la SOPFIM, mais il faut s’inscrire avant le 1er juillet de l’année précédant les arrosages.

sopfim.qc.ca/programmes/petite-foret-privee

3. Réaliser certains traitements sylvicoles adaptés

  • Éclaircir de façon ciblée les peuplements où le sapin n’est pas dominant;

  • Dégager les arbres d’avenir dans les plantations d’épinettes ou lorsque la végétation compétitrice menace la survie.

Il ne faut pas oublier d'assurer la relève après une coupe ou une mortalité importante en vérifiant la régénération naturelle, en reboisant si nécessaire et en diversifiant pour réduire la vulnérabilité future du peuplement.

 

 


 

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