Le plan d'aménagement forêt-conservation


Les intervenants en forêt privée le constatent : le profil type des propriétaires forestiers est en transformation, tout comme leurs objectifs de gestion et d’utilisation du territoire et des ressources. Afin de s’adapter à ces changements, les forestiers se doivent d’innover dans leur offre de services. Le plan d’aménagement forêt-conservation ou plan d’aménagement forestier bonifié représente un outil pertinent en ce sens. Nous vous présentons ici cet outil, sa raison d’être et ses avantages. 


 

Des objectifs qui changent 

À la lecture des enquêtes menées par la Fédération des producteurs forestiers du Québec au fil des décennies, on ne peut que constater la transformation marquée dans le profil des propriétaires forestiers, et ce, à plusieurs niveaux (âge moyen, genre, revenu familial, niveau de scolarisation, importance relative de la forêt comme source de revenus, etc.). La dernière enquête, qui date d’une dizaine d’années, permet d’ailleurs de comprendre qu’il est de moins en moins important pour les propriétaires de tirer un revenu de la forêt. En contrepartie, le plaisir d’aménager et de posséder une propriété forestière est une priorité partagée par un nombre croissant de propriétaires de boisés. Il y a lieu de croire que l’exode des urbains vers les milieux ruraux — phénomène déjà observable depuis quelques années, mais qui a été catalysé par la pandémie récente — n’aura fait qu’accélérer ces changements dans les préoccupations et les objectifs des propriétaires forestiers. 

Ces changements posent des défis aux professionnels de la forêt privée dans le sud du Québec, notamment au niveau du recrutement de propriétaires actifs. Désormais, le revenu appréhendé de la vente de chargements de bois n’est plus un argument aussi convaincant ; plusieurs propriétaires préféreront regarder leur forêt pousser plutôt que d’y « faire entrer la multi ». Il y aurait lieu de se prêter à l’exercice d’une réflexion philosophique autour d’une culture forestière qui a été perdue, sur l’embourgeoisement des campagnes, sur la noblesse du matériau bois, sur l’importance de véhiculer un message constructif quant à l’aménagement forestier auprès des nouveaux propriétaires forestiers, mais là n’est pas l’objectif de cet article. Peu importe les raisons sous-jacentes, il appartient aux professionnels d’adapter leur approche auprès de cette clientèle actuelle ou potentielle.

 

Quels outils pour s’adapter à cette clientèle changeante?

En réponse, d’une part, à ces attentes changeantes des propriétaires et, d’autre part, aux enjeux liés aux changements climatiques et à la perte de biodiversité, Nature Cantons-de-l’Est (NCE) croit qu’une approche cohérente misera sur une meilleure connaissance des éléments sensibles présents sur le territoire sous aménagement (cours d’eau, milieux humides, espèces menacées, espèces envahissantes) et sur une planification optimale des interventions. Voilà essentiellement en quoi consiste le plan d’aménagement forêt-conservation.

L’objectif d’une telle démarche est de récolter du bois tout en réduisant les impacts collatéraux des interventions sur les composantes plus sensibles des milieux naturels sous aménagement. 

De telles approches d’intégration des enjeux de biodiversité sont déjà mises en pratique par certains professionnels, mais plusieurs défis demeurent. On peut penser notamment aux coûts additionnels inhérents à la préparation d’un plan d’aménagement bonifié, aux connaissances requises pour l’acquisition de données sur les éléments de biodiversité, à la présentation de l’information de manière synthétisée aux propriétaires et au besoin de développer une approche cohérente et efficace de prise en compte des éléments sensibles répertoriés dans la planification et l’exécution des travaux subséquents de récolte ou d’aménagement. On comprend dès lors que, dans la majorité des cas, la préparation d’un plan forêt-conservation passera par une collaboration entre les forestiers « traditionnels » que sont les techniciens, les technologues et les ingénieurs forestiers, et d’autres professionnels de la forêt, comme les techniciens en écologie et les biologistes.

Dans sa forme la plus simple, le plan d’aménagement forêt-conservation consiste en une mise en commun des données forestières et des données sur la biodiversité validées sur le terrain, données qui portent notamment sur les cours d’eau, les milieux humides et les espèces à statut précaire. On y retrouve, entre autres, des cartes détaillées, des tableaux synthèses et des recommandations ciblées. Au terme du processus, le propriétaire acquiert un niveau substantiel d’informations sur sa propriété et il peut ensuite adapter les interventions en fonction de cette connaissance plus fine du milieu. Par exemple, on pourra préconiser des travaux réalisés en hiver, moduler les taux de récolte, éviter la circulation de la machinerie dans certains secteurs afin de limiter la perturbation de colonies d’espèces menacées ou vulnérables, ou encore maintenir des arbres vétérans ou à valeur faunique, de même que des corridors de connectivité. Il s’agit généralement de recommandations accessibles, mais qui reposent sur une bonne connaissance du territoire. 

 

Un outil encore en développement

Grâce à un appui financier du Programme d’aménagement durable des forêts du ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP), NCE a réalisé dans les dernières années une soixantaine de plans d’aménagement forêt-conservation, en collaboration avec divers conseillers indépendants et groupements forestiers actifs sur le territoire d’action de l’organisme. Récemment, le dossier a pris une tournure provinciale, alors que des démarches ont été entreprises par un organisme national partenaire afin de formaliser l’intégration du plan forêt-conservation dans le « coffre à outils » d’un plus grand nombre de conseillers forestiers, bien au-delà du territoire d’action de NCE. Des démarches de financement en lien avec cette mise à l’échelle du plan forêt-conservation sont également en cours de rédaction. NCE continuera à collaborer aux efforts en ce sens, en espérant un aboutissement fructueux dans les prochains mois, au bénéfice d’un plus grand nombre de propriétaires.

 

À qui s’adresse le plan bonifié?

NCE aime à croire que chaque propriétaire peut trouver son compte dans un plan d’aménagement forestier bonifié. Dans la réalité, ce plan s’adresse d’abord aux producteurs forestiers désireux d’accroitre leur niveau de connaissance de leur boisé et qui, surtout, désirent adapter leurs pratiques en fonction des composantes écologiquement plus sensibles qui s’y trouvent. Évidemment, ce plan prend tout son sens dans l’application des recommandations qu’il contient. Il convient donc de mentionner qu’un plan forêt-conservation réalisé chez des propriétaires qui ne sont pas actifs sera d’abord un simple outil de connaissance. Ce n’est pas banal en soi et il est possible que les connaissances acquises soient considérées dans le cadre d’éventuelles interventions. Néanmoins, afin de maximiser à court terme les retombées des plans forêt-conservation, il est opportun de réaliser ceux-ci sur des propriétés sous aménagement, qui plus est, avant la planification et la réalisation de travaux de récolte ou autres. 

 

Un plan bonifié vous intéresse?

Vous êtes curieux ou curieuse d’en savoir plus sur les plans bonifiés? Contactez-nous aux coordonnées qui figurent au bas de cet article et il nous fera plaisir d’en parler avec vous. Selon les cycles de financement, NCE est parfois en mesure d’offrir des plans bonifiés à coût réduit, voire sans frais pour les propriétaires. Il est aussi pertinent d’aborder le sujet avec votre conseiller forestier. 

 


En savoir plus 

Contactez l’auteur par courriel ou par téléphone : mathieu@naturecantonsdelest.ca ou au 819 566-5600

Pour plus d’informations, consultez le site Internet www.naturecantonsdelest.ca.

 

 

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