Articles printemps 2026

Les bénéfices cachés des plans d’aménagement forestier bonifiés comme outil de gestion amélioré

Gabrielle Préfontaine-Dastous, M. Sc., biologiste, Agence de mise en valeur des forêts privées des Appalaches

Cette érablière abrite des espèces à statut précaire

 

D’abord une initiative circonscrite à certaines régions du Québec dans la phase de projet pilote menée par les régions de Lanaudière et de Montérégie, les plans d’aménagement forestier bonifiés sont aujourd’hui disponibles à tous les propriétaires admissibles au statut de producteurs forestiers et concernés par la présence d’un élément sensible. Il s’agit d’une opportunité incomparable pour les propriétaires d’obtenir de l’information précieuse sur leur lot boisé, et ce, à moindre coût. 

Les plans d’aménagement forestier bonifiés (PAFB) découlent des orientations du Plan nature, notamment l’encouragement des pratiques durables qui favorisent la biodiversité et améliorent l’accès à la nature. Au Québec, ce sont les ingénieurs forestiers qui sont habilités par leur champ de pratique à émettre des recommandations relatives à la mise en valeur des écosystèmes forestiers. Le déploiement d’un nouvel outil de planification, le PAFB, permet d’inclure de nouvelles préoccupations du propriétaire, dont les éléments sensibles du territoire. Ce document est issu du modèle de plan d’aménagement forestier traditionnel qui recommande les travaux sylvicoles prioritaires par peuplement forestier sur un horizon de 10 ans. En intégrant les éléments sensibles à la planification forestière dans un PAFB, on permet de concilier les motivations de protection de l’écosystème aux préoccupations grandissantes des propriétaires face aux changements globaux et à la responsabilité accrue des ingénieurs forestiers dans un contexte réglementaire complexe.

 

Les motivations des propriétaires

La Fédération des producteurs forestiers du Québec (FPFQ), avec l’appui des partenaires gouvernementaux, vient de mettre à jour le portrait des propriétaires de lots boisés (Groupe AGÉCO 2026) afin d’avoir une meilleure compréhension du profil des propriétaires forestiers. Les résultats permettent notamment de mettre en lumière les principales motivations de possession d’un lot boisé. Pour les propriétaires d’un lot boisé de moins de 100 ha, les parcelles seraient principalement détenues pour le plaisir de posséder ou de protéger un milieu naturel, pour aménager une forêt pour le plaisir, pour protéger la biodiversité et pour récolter du bois de chauffage. Cela se reflète au niveau des préoccupations des propriétaires, des aménagements réalisés et des motivations de ces derniers. Seulement 46 % des propriétaires sondés détiendraient un plan d’aménagement forestier valide, les rendant ainsi admissibles aux programmes provinciaux d’aide financière et les mesures fiscales offertes pour aménager une forêt privée. Qui plus est, près d’un propriétaire sur cinq détenant un plan d’aménagement forestier considérerait celui-ci comme relativement peu utile. Toujours selon ce sondage, il y aurait donc un peu plus de 60 % des propriétaires forestiers qui n’auraient pas de plan d’aménagement forestier ou qui trouveraient peu utile le plan qu’ils ont reçu.

Or, nous savons que l’aménagement forestier peut être un outil intéressant de mise en valeur du territoire. La sylviculture d’adaptation peut par exemple accroître la résilience des boisés aux aléas climatiques ou leur capacité d’adaptation dans un contexte de changements globaux. Des aménagements peuvent permettre de complexifier la structure du boisé, favoriser la diversité ou réhabiliter des milieux dégradés. Les PAFB répondent ainsi aux motivations des propriétaires de concilier la production de bois issue de la forêt privée avec une protection rigoureuse de la biodiversité et des services écologiques.

 

Des bénéfices pour les professionnels

De manière plutôt évidente, les PAFB visent à mieux protéger les éléments sensibles du territoire en assurant leur intégration a priori aux documents de planification forestière. Ce qui est parfois méconnu, c’est la responsabilité professionnelle des ingénieurs forestiers à user des bonnes pratiques d’intervention dans les milieux sensibles et à respecter les différentes modalités de protection inscrites à la réglementation municipale, provinciale et fédérale. Face au paysage réglementaire évolutif, la pertinence d’inclure les éléments sensibles à la planification forestière se traduit par une protection accrue du professionnel face à ses propres obligations. L’intégration systématique des éléments d’intérêt pour la biodiversité permet de démontrer l’expertise professionnelle et la diligence de l’ingénieur dans la planification des travaux. L’outil de planification devient une précieuse aide à la décision lorsque le temps est venu de préparer les prescriptions sylvicoles. En outre, les PAFB permettent de démontrer la bonne volonté des professionnels à desservir des propriétaires aux champs d’intérêt variés. Une bonne compréhension des enjeux de biodiversité peut nécessiter de la part de l’ingénieur forestier la consultation de biologistes ou de professionnels en environnement afin de réunir les notions d’écosystèmes et de foresterie dans un document de travail complet et cohérent.

 

 

Une meilleure connaissance de sa propriété

Pour le propriétaire, le PAFB entraîne une connaissance plus approfondie du lot boisé par rapport à un plan traditionnel. Cela permet notamment de protéger les propriétaires contre une infraction coûteuse qui serait due au manque de connaissances de leur propriété et des éléments sensibles qui s’y trouvent. Les résultats du sondage du Groupe AGÉCO évaluent que près de 50 % des travaux sylvicoles sont réalisés par le propriétaire, sans bénéficier de l’encadrement d’un entrepreneur forestier ou d’un conseiller forestier. Dans certains cas, ces propriétaires s’exposent malgré eux à des infractions puisque plusieurs activités d’aménagement forestier, surtout en présence d’éléments sensibles, doivent être recommandées dans une prescription sylvicole dûment préparée et signée par un ingénieur forestier.

 

Par exemple, saviez-vous qu’en vertu de la réglementation provinciale la construction de chemins en milieux humides boisés est limitée à une longueur maximale et cumulative de 120 m sans prescription sylvicole?

 

Ainsi, un PAFB peut permettre aux propriétaires d’être plus à l’affût de la présence des éléments sensibles sur leur lot, en plus de les diriger vers un professionnel habilité à les accompagner dans la réalisation des aménagements souhaités. Les éléments sensibles sont intégrés au PAFB via une cartographie détaillée du lot. Le PAFB est un outil de planification décennal qui permet d’avoir accès aux avantages fiscaux et aux programmes d’aide disponibles pour les producteurs forestiers en plus de contenir des éléments sensibles d’intérêt à une gestion forestière durable. Pour les propriétaires ayant à cœur la faune ou la flore, le PAFB propose une sylviculture respectueuse de la biodiversité.

 

Optimisation opérationnelle

Alors que la présence d’éléments sensibles est souvent associée à une perception négative lorsque le temps est venu de planifier des opérations de récolte, le PAFB permet plutôt d’optimiser les opérations. Par exemple, l’identification des milieux humides au PAFB délimite assez précisément les zones où le sol se draine mal (associé à une classe de drainage 5) ou très mal (associé à une classe de drainage 6). Ce sont des endroits qui demeurent humides pendant une grande partie de l’année de sorte que la machinerie forestière est plus à risque de s’y enliser. L’identification des milieux humides boisés au PAFB peut ainsi permettre une meilleure planification des opérations, sur sol gelé ou sec. En outre, ces secteurs pourraient bénéficier de la plantation d’essences davantage adaptées aux milieux humides. Par ailleurs, il importe de considérer la productivité de ces secteurs, qui peut être impactée par la présence prolongée de l’eau dans le sol, de façon à prioriser les interventions sylvicoles dans des stations plus productives. Une telle priorisation des secteurs de coupe peut avoir un impact positif sur les volumes prélevés, les revenus aux propriétaires et la prévisibilité des chantiers des opérateurs.

Les nombreux avantages des PAFB vous interpellent ? N’attendez pas, du soutien financier est présentement disponible dans plusieurs régions pour la réalisation de votre plan d’aménagement forestier bonifié. Contactez aujourd’hui votre conseiller forestier. Si vous ne savez pas par où commencer ou qui contacter, n’hésitez pas à diriger vos questions vers les Agences régionales de mise en valeur de la forêt privée. 

 


Pour en savoir plus

Contactez Gabrielle Préfontaine-Dastous, coordonnatrice de projets multiressources à l’Agence de mise en valeur des forêts privées des Appalaches

 

 

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