Foresterie urbaine ou foresterie privée : Où tracer la ligne?
Guillaume Sainte-Marie, ing.f., Ph. D. Maître arboriculteur ISA-BCMAMC, associé chez Trame-Verte, Vice-président de la Société internationale d’arboriculture du Québec

Plantation d’arbres pour la restauration d’un boisé de Montréal
La foresterie urbaine est en forte croissance, et ce, pour plusieurs raisons. Les populations s’urbanisent alors que la planète surchauffe… Les arbres apparaissent alors comme une bouée de sauvetage pour améliorer les conditions de vie urbaines. La tendance se déplace graduellement en région, mais peut-être pas aussi vite que les professionnels de la forêt urbaine... Est-ce que les professionnels œuvrant en forêt privée peuvent leur venir en aide? Un survol.
Un domaine en croissance
Il se passe rarement une semaine sans que les actualités fassent mention d’une partie du monde affectée par les inondations ou les sécheresses. Bien entendu, les changements climatiques sont généralement pointés du doigt, de même que les mesures de réduction des gaz à effet de serre. À plus petite échelle, la présence accrue d’arbres en ville est souvent proposée afin de réduire les impacts des aléas météo dans nos milieux de vie. Bien que cette mesure fasse davantage office de pansement, elle peut substantiellement diminuer le coût des services publics dans les secteurs à forte proportion d’arbres. Les milieux de vie arborés sont plus apaisants et sains, et les services écologiques procurés par les arbres permettent de diminuer les factures de chauffage, de climatisation, de gestion des eaux de ruissellement, et même celles associées aux débordements d’égout provoqués par les pluies diluviennes plus fréquentes avec les années.
Il ne faut pas oublier non plus les ravages de l’agrile du frêne qui, bien que dorénavant moins importants dans la grande région de Montréal, sont encore bien présents dans les grands centres de l’Estrie, de la Mauricie, de la Capitale Nationale et de l’Est du Québec (voir la page dédiée à l’agrile du frêne sur le site Web de l’Agence canadienne d’inspection des aliments). Les coûts de restauration requis combinés aux plantations d’arbres qui se multiplient font que les investissements publics en foresterie urbaine ont bondi depuis les années 2010. Qui n’a d’ailleurs pas déjà entendu parler du programme 2 milliards d’arbres, lancé par le gouvernement Trudeau en 2021? Bien que le programme ait été abandonné l’an dernier, les ententes déjà conclues seront honorées. Toutefois, sachez qu’il existe d’autres programmes de subventions à divers niveaux visant la plantation d’arbres.
Le domaine de la foresterie urbaine s’est transformé de plusieurs manières; un peu comme lors du verglas de 1998, des entrepreneurs issus d’autres sphères se sont équipés pour pallier la demande croissante en ville. Le nombre d’arbres a augmenté et les gens tiennent davantage à leurs arbres. Conséquemment, la demande pour les travaux d’entretien s’est également accrue. Au point où l’on commence même à voir des publicités d’entrepreneurs en arboriculture sur de grands panneaux en bordure d’autoroute. Il faut dire que les besoins se sont diversifiés : abattage ou traitement des frênes contre l’agrile, sécurisation des boisés affectés par l’agrile ou la maladie hollandaise de l’orme, plantations massives d’arbres et gestion des parcs d’arbres en général. Bien souvent, les nouveaux entrepreneurs proviennent du domaine de la foresterie privée, déjà présente partout en région et même à proximité des grands centres.
Ce qui distingue la foresterie urbaine
La foresterie est un domaine large et, un peu comme les spécialités de la médecine, il existe différentes spécialités en foresterie, et ce, avec des objectifs distincts. La foresterie privée est un domaine centré sur la production de bois et l’aménagement forestier sur terre privée. Bien que la nature et les objectifs d’aménagement peuvent être similaires à ce qui se fait en forêt publique, l’échelle d’aménagement est beaucoup plus petite en forêt privée, sans parler des contextes administratifs, opérationnels et légaux qui sont fondamentalement différents.
Il en est de même pour la foresterie urbaine, qui se distingue par ses objectifs d’aménagement, ancré dans la préservation des arbres ornementaux, mais également par son échelle de référence, principalement centrée sur l’arbre et non la forêt ou le peuplement forestier. Cette distinction d’échelle est fondamentale; la perspective des ingénieurs ou technologues forestiers est généralement centrée sur les forêts et peuplements forestiers plutôt que sur l’arbre individuellement, comme c’est généralement le cas en ville.
La foresterie urbaine demande donc une spécialisation supplémentaire, de manière à mieux comprendre les aspects qui ne relèvent pas nécessairement de l’aménagement forestier habituel. Parmi ceux-ci, citons : la biomécanique des arbres, le risque lié aux arbres, les pathogènes urbains, les contraintes liées à l’aménagement urbain, les services écologiques des arbres individuels, les techniques de préservation des arbres en chantier de construction, l’évaluation monétaire des végétaux ornementaux, les différents ravageurs présents en milieu urbain, la gestion des espèces envahissantes, etc.
Par ailleurs, au même titre que les standards de certification forestière en forêts publique et privée, la foresterie urbaine détient depuis 2022 son propre standard de certification : la norme SFI de durabilité des forêts urbaines et communautaires, qui s’adresse aux municipalités et propriétaires de grands boisés.
Le casse-tête des corps professionnels
En forêts publique et privée, les ingénieurs forestiers sont partout, assistés par le travail essentiel des techniciens forestiers. D’autres professionnels et parties prenantes peuvent être impliqués selon la nature et le contexte d’aménagement.
En forêt urbaine, le portrait est souvent plus complexe; on n’y fait généralement pas de production de bois, donc les ingénieurs et techniciens forestiers, bien que présents, sont moins nombreux. La Loi sur les forêts, de même que la Loi sur les ingénieurs forestiers ne s’appliquent pas toujours, et c’est essentiellement la réglementation municipale et celle du ministère de l’Environnement, de la lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs (MELCCFP) qui s’appliquent. Plusieurs autres corps professionnels reliés à la forêt peuvent donc émettre des recommandations de travaux : biologistes, agronomes, spécialistes en environnement, technologues, horticulteurs et même les entrepreneurs en travaux arboricoles, qui exécutent élagages, haubanages, abattages et essouchements, sont souvent ceux qui recommandent les travaux à effectuer sur les arbres.
Cette situation peut, malheureusement, rendre le grand public vulnérable aux mauvaises pratiques. C’est pourquoi les municipalités demandent de plus en plus que des professionnels reconnus soient impliqués dans les projets, tels qu’ingénieurs forestiers, arboriculteurs certifiés® ou entrepreneures membres de la Société internationale d’arboriculture du Québec (SIAQ). De plus, Emploi Québec et la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST) travaillent présentement au développement d’un système de certificat de qualification pour les arboriculteurs, de manière à contrôler la qualité des travaux effectués.
La chasse aux professionnels compétents
Bien que la limite soit parfois mince entre les champs d’application de la foresterie urbaine et ceux de la foresterie privée, on ne s’improvise pas spécialiste en foresterie urbaine ni en foresterie privée. Certaines tâches peuvent être effectuées par des professionnels de l’un et l’autre des domaines, comme les plantations d’arbres en récipient/pot (photo d’en-tête) ou les abattages lors de sécurisation de boisés dégradés.
En cas de doute, il est avisé de contacter à la fois des entrepreneurs de la forêt privée et d’autres de la forêt urbaine. Ce qui demeure important, c’est de pouvoir se fier à des organismes reconnus qui sont en mesure de recommander des professionnels compétents.
Pour la production de bois ou l’acériculture en forêt privée, différents organismes et conseillers peuvent guider les propriétaires forestiers (référence 6). Pour la foresterie urbaine, l’aménagement et l’entretien des arbres ornementaux, il est possible de consulter le répertoire des consultants de l’Ordre des ingénieurs forestiers du Québec (référence 2) ainsi que celui des professionnels membres et arboriculteurs certifiés de la Société internationale d’arboriculture Québec (référence 1).
En région éloignée, la disponibilité de professionnels spécialisés en foresterie urbaine peut être problématique. Par contre, la mobilité de la main-d’œuvre est assez grande dans le domaine; plusieurs entrepreneurs et consultants œuvrent également dans les régions éloignées. À cet effet, le répertoire d’entrepreneurs et consultants de la SIAQ détaille tous les entrepreneurs membres présents dans chacune des MRC du Québec. Idem pour les entrepreneurs en arboriculture habiletés à travailler près du réseau d’Hydro-Québec. Cette liste est modifiée assez fréquemment et d’autres entrepreneurs peuvent s’ajouter, donc il est recommandé de la consulter régulièrement, mais également de vérifier la disponibilité directement auprès d’entrepreneurs membres. La SIAQ est de plus en plus présente en région et son rôle est appelé à s’accroître dans les années à venir.
Avis aux gens qui aiment leurs arbres, l’avenir des villes s’annonce vert, à notre plus grand plaisir!

Arboriculteur, arboriste, élagueur, forestier urbain… Qui fait quoi?
Savoir à qui confier l’entretien des arbres ornementaux peut devenir complexe. Qu’ils soient dits « certifiés », « accrédités », « experts », « pro » ou qu’ils parlent de « service d’arbre », « émondage », « abattage » et « élagage », les entrepreneurs font appel à tout un éventail de vocabulaire. Il n’existe généralement pas de norme stricte pour l’appellation des professionnels de la foresterie urbaine, mais certains termes sont à favoriser.
On appelle généralement « arboriculteurs » les professionnels de la foresterie urbaine, qu’ils soient grimpeurs ou experts-conseils. Le terme « arboriste » est aussi parfois utilisé, mais il relève davantage d’un anglicisme. Rien ne les oblige à faire partie d’une association professionnelle (bien que les certificats de compétence seront bientôt obligatoires). La SIAQ est le principal regroupement d’arboriculteurs au Québec et elle est un chapitre de la grande International Society of Arboriculture (ISA) présente partout dans le monde. Elle est également à l’origine de multiples publications traduites sur le domaine, dont la bible du glossaire des termes arboricoles (voir leur boutique en ligne – référence 1).
Pour ajouter au casse-tête, il existe plusieurs organismes de formation et d’accréditation en foresterie urbaine. Les termes « arboriculteur certifié® » ou « accrédité » ne sont donc pas à prendre à la légère. Certains entrepreneurs les utilisent à tort et à travers, et il est recommandé de valider leur accréditation auprès des organismes responsables, comme la SIAQ.
Par ailleurs, tous les professionnels de la foresterie privée et publique compétents peuvent s’inscrire à des formations et ateliers en vue d’obtenir des certifications en foresterie urbaine. C’est un domaine en évolution et la formation continue est une valeur fondamentale de ses professionnels. C’est assurément une bonne façon de bonifier votre coffre à outils professionnels face à ce monde en transformation.
Pour en savoir plus
Foresterie urbaine
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Le répertoire des consultants en foresterie urbaine de l’OIFQ
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Le guide pratique de la foresterie urbaine au Canada de Arbres Canada
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La norme SFI de durabilité des forêts urbaines et communautaires
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La liste des certificats de qualification obligatoire (voir le domaine de l’arboriculture)
Foresterie privée
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Le site Web de la Fédération des producteurs forestiers du Québec
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Le site Web des Producteurs et productrices acéricoles du Québec

