Articles printemps 2026

Nouvelles modalités de chasse : Un levier pour protéger nos forêts

Anaïs Gasse, biologiste, M. Sc. Responsable de la gestion de la grande faune, *ministère de l’Environnement, de la Lutte aux Changements climatiques, de la Faune et des Parcs, Marianne Cusson, biologiste, M. Sc. Responsable des projets multiressources, Agence forestière de la Montérégie

Maintenir l’équilibre entre le cerf et la forêt est l’un des défis de la gestion faunique

 

Le cerf de Virginie fait pleinement partie de nos écosystèmes forestiers. En équilibre, il contribue à leur richesse et cohabite harmonieusement avec l’activité forestière. À plusieurs endroits dans le sud du Québec ses populations dépassent désormais la capacité naturelle du territoire, ce qui a des répercussions concrètes pour les propriétaires, les producteurs et les écosystèmes forestiers.

De nouvelles modalités de chasse, qui entreront en vigueur dès l’automne 2026, devraient permettre de tendre vers l’atteinte d’un équilibre entre les populations de cerfs et leur milieu.

 

Des hivers doux… et de plus en plus de cerfs

Au sud du Québec, le cerf de Virginie vit à la limite nord de son aire de distribution. Depuis plusieurs années, les cerfs y profitent d’hivers exceptionnellement doux liés aux changements climatiques. Or, les longs hivers et la neige profonde jouaient autrefois un rôle de régulation naturelle, en infligeant parfois des taux de mortalité importants aux populations. Aujourd’hui, la plupart des cerfs survivent à l’hiver, ce qui contribue à leurs fortes densités.

 

Des prédateurs insuffisants

Au sud du fleuve Saint Laurent, il n’y a pas de loups. Le coyote et l’ours noir y sont les principaux prédateurs du cerf. Bien qu’ils prélèvent des faons ou des cerfs affaiblis, leur impact ne suffit pas à stabiliser les populations.

 

Un animal très adaptable

Le cerf est un animal résilient et prolifique :

  • il se reproduit rapidement;

  • il s’adapte très bien aux milieux humanisés;

  • il profite des habitats hétérogènes où se côtoient les milieux forestiers et agricoles.

 

L’accès restreint à la chasse

En Montérégie et en Estrie, la grande majorité des terres appartiennent à des propriétaires privés. Cette réalité crée un enjeu majeur pour la gestion des populations de cerfs, puisque les chasseurs ont un accès limité au territoire, tant en raison de la tenure privée que des règlements municipaux restreignant l’utilisation d’engins de chasse. Cela réduit considérablement la capacité des chasseurs à réguler les populations de cerfs et contribue à leur augmentation.

 

Le surbroutement

Les cerfs broutent la végétation. C’est normal. Mais lorsqu’ils sont trop nombreux, le broutement devient trop intense, on parle alors de surbroutement. Ce phénomène entraîne notamment :

  • une perte de biodiversité végétale;

  • une raréfaction, voire une disparition de plusieurs espèces végétales;

  • un appauvrissement de la diversité faunique;

  • une forêt uniformisée et moins résiliente;

  • un manque de régénération forestière.

 

La chasse pour ramener l’équilibre

La chasse est l’un des moyens les plus efficaces pour réguler les populations de cerfs. Elle permet :

  • de maintenir un équilibre durable entre la faune et son milieu;

  • de réduire la pression sur les jeunes peuplements;

  • de mettre en valeur les ressources fauniques de nos forêts.

C’est dans cette optique que de nouvelles modalités de chasse entreront en vigueur à l’automne 2026, ciblant les zones où les cerfs sont particulièrement nombreux.

 

NOUVEAUTÉ : Chasser deux cerfs dans la même zone

Dans les zones ciblées du sud du Québec, les chasseurs pourront désormais récolter jusqu’à deux cerfs d’une même zone, à condition de ne pas dépasser un mâle adulte. Cette mesure s’appliquera dès 2026 dans neuf zones de chasse à forte densité de cerfs : les zones 4, 5 est, 5 ouest, 6 nord, 6 sud, 7 sud, 8 est, 8 nord et 8 sud. Ces zones se trouvent majoritairement en Montérégie, en Estrie et au Centre-du-Québec. Grâce à l’augmentation ciblée de la récolte de cerfs sans bois (femelles ou faons), cette mesure permettra de freiner la croissance de la population dans les zones où c’est nécessaire, tout en préservant une expérience de chasse de qualité partout au Québec.

Quelques précisions

  • L’achat d’un permis supplémentaire est requis pour chasser un deuxième cerf. Le permis supplémentaire est vendu à coût moindre que le premier.

  • Un permis spécial de cerf sans bois est toujours requis pour chasser une femelle ou un faon durant une période qui, autrement, autorise seulement la récolte d’un mâle adulte. C’est le cas, par exemple, durant la période à l’arme à feu, durant la fin de semaine de la relève, ainsi que, dans les zones 4, 5 Est ou 7 Sud, durant la période à l’arme à chargement par la bouche et fusil.

  • L’ordre de récolte n’a pas d’importance : la récolte d’un mâle adulte peut précéder celle d’une femelle, ou l’inverse.

  • La récolte de deux cerfs sans bois est également possible.

 

Chasser des cerfs sans bois pour gérer les populations

La récolte de femelles est essentielle pour contrôler la croissance des populations. Les permis spéciaux de cerfs sans bois (femelles ou faons), octroyés par tirage au sort en juin de chaque année, sont donc un outil essentiel de la gestion de cette espèce.

 

Tirage de permis destinés aux propriétaires

Pour un propriétaire de boisé qui subit des dommages ou dont la régénération est insuffisante, accueillir davantage de chasseurs en les incitant à récolter des femelles est le moyen le plus efficace de contribuer au contrôle de la surabondance de cerfs. Donner accès à sa propriété pour la chasse peut être rébarbatif au départ, mais les bénéfices sont nombreux pour tous.

  • Les permis de cerf sans bois permettent aux chasseurs de récolter une femelle ou un faon pendant une période où seule la récolte de mâles adultes serait normalement autorisée (par exemple pendant la période de chasse à la carabine).

  • Ils ne donnent pas le droit de récolter un cerf supplémentaire.

  • Ces permis sont attribués au printemps, par tirage au sort, parmi les chasseurs (et propriétaires) qui s’y inscrivent.

  • Un des tirages au sort est destiné spécifiquement aux propriétaires de terrains de 4 hectares ou plus. Un gagnant de cette catégorie reçoit deux permis spéciaux. Il décide des deux chasseurs à qui ils seront attribués, dont lui-même s’il le souhaite.

  • L’émission de ces permis spéciaux permet de concentrer l’effort de chasse dans les secteurs où la pression exercée par les cerfs est la plus forte.

 

 

En conclusion

Les cerfs ont leur place dans le patrimoine naturel du Québec et contribuent à la diversité des paysages et des usages du territoire. Cependant, leur surabondance tend à fragiliser les écosystèmes forestiers. Les nouvelles modalités de chasse adoptées pour 2026 visent à rétablir l’équilibre essentiel, au bénéfice :

  • des forêts;

  • des producteurs agricoles et forestiers;

  • de la faune;

  • des utilisateurs du territoire, dont les chasseurs;

  • et des générations futures.

Dans le sud du Québec, la participation de tous, chasseurs comme propriétaires, sera déterminante pour garantir la santé de nos forêts et assurer que les populations de cerfs soient en harmonie avec leur habitat.

 

Bénéfices d’une population de cerfs à l’équilibre

  • Cohabitation harmonieuse des cerfs et des humains

  • Dommages limités causés aux forêts et aux cultures

  • Bonne régénération des peuplements

  • Végétation et faune diversifiées

  • Milieu forestier résilient et riche

 

 

Chasse au dindon plus accessible

Le cours de chasse au dindon sauvage est désormais facultatif. Comme pour les autres gibiers, le certificat du chasseur suffit dorénavant pour acheter un permis de chasse au dindon. Cette mesure pourrait inciter certains chasseurs à inclure cette espèce dans leurs projets de chasse pour l’automne et le printemps, d’autant que les règles nécessaires à une récolte sécuritaire et responsable sont maintenues. 

 

 


 

 

 

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