Articles été 2026

Les bonnes habitudes du vacancier : Comment profiter de la nature sans lui nuire

Mélanie Bergeron, biol., M. Sc., Association forestière du sud du Québec


 

Les vacances sont souvent synonymes de liberté, de détente et de plein air. Que ce soit en forêt publique, dans un parc régional ou sur un boisé privé, ces moments privilégiés nous rapprochent des arbres et des milieux naturels. Pourtant, certaines habitudes anodines peuvent avoir des conséquences durables. Heureusement, il est tout à fait possible de profiter pleinement de la nature tout en adoptant des gestes simples et responsables.

Profiter sans compromettre la forêt

En période estivale, l’achalandage des milieux forestiers récréotouristiques augmente de façon marquée. Randonnée, vélo, camping ou simple promenade : autant d’activités qui contribuent à notre bien-être, mais qui exercent aussi une pression importante sur les écosystèmes. Pour les propriétaires de boisés du sud du Québec, cette réalité est bien connue. Un usage répété, même sans intention de nuire, peut affecter la régénération, la santé des arbres et la qualité des sols.

Cela dit, profiter de la forêt et en prendre soin ne sont pas des objectifs incompatibles. Au contraire, une meilleure compréhension des interactions entre nos gestes et le milieu permet d’adopter des pratiques accessibles, efficaces et durables.

 

Éviter de transporter des ravageurs

Parmi les risques les moins visibles, mais les plus préoccupants pour la santé des arbres, figure la propagation d’insectes et de maladies exotiques. Le transport de bois de chauffage d’une région à une autre constitue un vecteur bien connu. Sous l’écorce ou dans le bois peuvent se cacher des insectes à différents stades de développement, prêts à coloniser un nouveau territoire.

Acheter du bois de chauffage local, à proximité du lieu de camping, est une pratique essentielle. Elle limite les risques d’introduction de ravageurs (ex. : agrile du frêne) dans des milieux encore indemnes. La prévention est toujours plus efficace et moins coûteuse que les interventions de contrôle.

Dans le même ordre d’idées, le nettoyage des bottes, des vélos et de tout autre équipement entre deux sites de plein air est une habitude à intégrer.

Les semelles et les pneus peuvent transporter des graines, des spores ou des fragments de sol contaminé. Un simple rinçage ou brossage peut ainsi contribuer à freiner la dispersion d’espèces indésirables.

 

Rester dans les sentiers

Les sentiers touristiques ne sont pas tracés au hasard. Leur implantation tient compte de la topographie, du drainage, de la sensibilité des sols et de la présence des racines. En demeurant dans les sentiers balisés, le vacancier participe directement à la protection des arbres.

Le piétinement répété en dehors des sentiers peut compacter les sols et réduire leur capacité à retenir l’eau et l’air. Comme les racines fines sont particulièrement sensibles à la compaction, le piétinement peut affecter à long terme la croissance des arbres et leur résistance aux stress environnementaux. De plus, la création de sentiers informels modifie l’écoulement de l’eau, favorise l’érosion et expose les racines.

En résumé, il faut rester dans les sentiers balisés. Lorsqu’un sentier est fermé, il est important de respecter cette interdiction. Il s’agit souvent d’une mesure temporaire visant à permettre la restauration du milieu.

 

Faire des feux avec prudence

Le feu de camp demeure une activité emblématique du plein air. Toutefois, il représente également un risque important pour les forêts, particulièrement en période de sécheresse. Au Québec, les avis d’interdiction émis par la SOPFEU doivent être suivis rigoureusement.

Lorsque les conditions permettent les feux, ceux-ci doivent être réalisés uniquement dans des endroits autorisés. Ces sites sont généralement aménagés pour limiter les risques de propagation et réduire l’impact sur le sol et la végétation environnante.

Il est également essentiel de s’assurer que le feu est complètement éteint avant de quitter les lieux. Utiliser de l’eau en quantité suffisante et brasser les cendres permettent d’éliminer les braises résiduelles. Un feu mal éteint peut reprendre plusieurs heures plus tard, avec des conséquences potentiellement graves.

Saviez-vous que le feu peut se propager par les racines? De plus, l’hiver québécois ne suffit pas toujours à éteindre des feux de forêt intenses qui couvent dans le sol. Ces exemples illustrent l’importance de redoubler de précaution, car il n’est pas si facile d’éteindre complètement un feu.

Respecter le bois mort

En forêt, le bois mort joue un rôle écologique fondamental. Il constitue un habitat pour de nombreux insectes, champignons, oiseaux et petits mammifères. Il participe également au recyclage des nutriments et à la formation de la matière organique.

La récolte de bois mort pour un feu de camp, bien que courante, doit donc se faire avec modération. Prélever de petites quantités, déjà au sol, et éviter les débris en décomposition avancée permet de limiter l’impact sur cet équilibre. Dans certains milieux très fréquentés, il peut être préférable de s’en tenir au bois acheté localement.

 

Protéger les arbres des usages utilitaires

Graver des initiales dans l’écorce, fixer des objets ou utiliser des clous peut sembler anodin, mais ces gestes causent des blessures aux arbres. L’écorce constitue une barrière protectrice contre les agents pathogènes et les insectes. Toute ouverture peut devenir une porte d’entrée pour des maladies.

De plus, les objets laissés sur les arbres peuvent entraver leur croissance. À mesure que le tronc grossit, il peut englober ces éléments, créant des déformations ou des zones de faiblesse. Au besoin, on utilise des sangles larges sans les serrer, et sans oublier de les retirer après usage ou à la fin de l’été.

 

Ramasser ses déchets

La gestion des déchets en milieu forestier dépasse la simple question esthétique. Les matières résiduelles peuvent altérer les sols, contaminer l’eau et attirer la faune. Certains déchets, même organiques, peuvent modifier les habitudes alimentaires des animaux et perturber les chaînes écologiques.

Le principe du « Sans trace » demeure une référence : tout ce qui est apporté en forêt doit en ressortir. Cette approche contribue à maintenir l’intégrité des milieux et à réduire les interventions nécessaires pour leur entretien.

 

Des gestes simples aux effets concrets

Pris individuellement, chacun de ces gestes peut sembler modeste. Collectivement, ils contribuent à préserver la santé des forêts et des arbres. Dans un contexte où plusieurs stress s’additionnent (changements climatiques, ravageurs exotiques...), la réduction des pressions évitables devient essentielle.

La forêt du sud du Québec est un milieu vivant, dynamique et précieux. Elle offre des bénéfices multiples : production de bois, biodiversité, loisirs, régulation du climat et bien-être humain. Sa pérennité repose sur une gestion adaptée, mais aussi sur les gestes quotidiens de ceux qui la fréquentent.

Adopter de bonnes habitudes en vacances ne signifie pas renoncer au plaisir. Il s’agit plutôt de poser un regard éclairé sur nos actions et leurs impacts. En intégrant ces pratiques, chaque vacancier devient un acteur de la conservation, contribuant à ce que les générations futures puissent, elles aussi, profiter de la richesse de nos forêts.

 

 

Pour en savoir plus

S’abonner aux notifications de la SOPFEU :

sopfeu.qc.ca/prevention/notifications-et-abonnements

Consulter les principes du Sans trace    sanstrace.ca

 

 

Retour vers la liste des articles

Suivez l’actualité de l’AFSQ   

S'abonner à l'infolettre