Du terrain au SIG
Cartographier les opportunités de verdissement au Port de Québec
Anthony Levac, B. Env. Chargé de projets en verdissement
Julie Molard, biol., M. Sc. Directrice générale
Association forestière des deux rives (AF2R)
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■ Vue aérienne de la zone industrielle portuaire dans le secteur de l'Estuaire. Photo : Port de Québec
Le Port de Québec, stratégiquement positionné pour alimenter le cœur industriel et agricole de l’Amérique du Nord, est une plaque tournante du commerce international. L’aménagement de son territoire répond avant tout aux exigences opérationnelles du milieu, ce qui se traduit par une forte minéralisation des surfaces. Dans une volonté d’accroître la place du végétal, le Port de Québec souhaite mieux cerner les opportunités de verdissement.
Verdir un territoire portuaire : un défi particulier
Ancré au cœur de la Capitale-Nationale depuis 1535, le Port de Québec constitue une infrastructure stratégique pour le transport des marchandises et un élément indissociable du paysage fluvial du Saint-Laurent. Sa proximité avec les quartiers centraux crée une cohabitation étroite entre les activités portuaires et le milieu urbain, où les îlots de chaleur, la qualité de l’air et la biodiversité font partie des préoccupations environnementales.
Depuis 2018, l’Association forestière des deux rives (AF2R) contribue au verdissement du territoire portuaire. Ses interventions ont permis la plantation de 784 arbres, 1 579 arbustes, 2 471 plantes herbacées et 444 plantes grimpantes.
Dans cette continuité, l’Administration portuaire de Québec (APQ) a élaboré son Plan de verdissement 2025-2035, qui prévoit notamment la plantation de 3 000 arbres supplémentaires et l’atteinte d’un couvert arboré de 30 % dans les zones non industrielles.
Afin de soutenir la planification des prochaines années, l’AF2R a été mandatée pour dresser un portrait du potentiel de verdissement, identifier les espaces susceptibles d’accueillir de nouvelles plantations et documenter les contraintes pouvant influencer leur aménagement.
Cartographier le potentiel de verdissement
La démarche visait à identifier les contraintes et les opportunités de verdissement, à documenter les superficies susceptibles d’accueillir de nouvelles plantations et à produire une base de données géographiques exploitable par l’APQ.
L’étude a porté sur quatre secteurs totalisant environ 182 hectares : Beauport, l’Estuaire, l’Anse-au-Foulon et Pointe-à-Carcy. Certaines portions, notamment la zone non industrielle de Beauport, avaient toutefois été évaluées dans un autre mandat et n’ont pas fait l’objet de la présente analyse.
Les secteurs ont été analysés selon deux grandes catégories : les zones industrielles, principalement consacrées aux activités portuaires, au transport et à l’entreposage, et les zones non industrielles, associées notamment au tourisme, aux loisirs et à l’évènementiel, en plus des bâtiments administratifs et du milieu des affaires.
Bien que le Plan de verdissement cible prioritairement les zones non industrielles, le mandat a aussi exploré les opportunités en milieu industriel afin d’obtenir une vision plus complète du territoire. Certaines portions industrielles n’ont toutefois pu être caractérisées, leur accès étant soumis à des autorisations et à des exigences particulières en matière de santé et de sécurité au travail (SST).
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■ Secteurs à l’étude dans le cadre du mandat de cartographie des opportunités de verdissement au Port de Québec (Source : AF2R)
Du terrain à la carte : une méthodologie adaptée au milieu portuaire
L’équipe de l’AF2R, accompagnée d’une représentante de l’APQ, a parcouru les secteurs à l’étude pour identifier les espaces disponibles et relever leurs caractéristiques physiques et fonctionnelles. Le Collectif Canopée a participé à la première caractérisation terrain. Les observations ont été consignées dans Survey123 (une application de collecte de données) afin de documenter de façon uniforme et géoréférencée les usages du sol, les contraintes, les superficies disponibles, les caractéristiques du sol, en plus de joindre les photographies de chaque site.
Plusieurs critères ont été retenus pour dépasser la simple identification des espaces libres et évaluer les conditions susceptibles d’influencer la faisabilité et la pérennité des plantations (tableau 1).
Tableau 1. Principaux critères d’analyse utilisés dans le cadre du mandat de cartographie des opportunités de verdissement au Port de Québec (2025)

Qu’est-ce qu’une superficie plantable?
La méthodologie utilisée dans le cadre de ce mandat consiste à prévoir la plantation d’un arbre tous les cinq mètres, et d’un arbuste à chaque mètre. Cette densité permet d’établir le potentiel théorique de verdissement sur l’ensemble du territoire portuaire. Une analyse plus approfondie demeure nécessaire pour établir le nombre réel de végétaux que chaque espace peut accueillir.

■ Photo : Port de Québec
Une première lecture à grande échelle : l’analyse macro
L’analyse macro dresse un portrait global des secteurs en mettant en relation leurs usages, leurs infrastructures, leurs contraintes et leur potentiel de verdissement. Les résultats ont été regroupés dans une note technique destinée à l’APQ.
Dans les secteurs industriels de Beauport, de l’Estuaire et de l’Anse-au-Foulon, les bâtiments, voies d’accès, voies ferrées, réseaux souterrains, surfaces minéralisées et sols compactés limitent les espaces disponibles. L’exposition aux vents et aux embruns salins, le déglaçage et certains usages saisonniers s’ajoutent aux facteurs à considérer.
La plantation demeure néanmoins possible dans certains espaces industriels, à condition d’adapter le choix des espèces et leur implantation aux réalités opérationnelles et environnementales de chaque site.
Les secteurs non industriels présentent généralement des conditions plus favorables. À Pointe-à-Carcy, dans l’Estuaire et à l’Anse-au-Foulon, plusieurs espaces gazonnés ou aménagés offrent des opportunités d’intégrer davantage de végétation, tout en préservant les usages récréotouristiques, évènementiels et les vues vers le fleuve.
Les usages saisonniers, comme les dépôts à neige et l’entreposage temporaire, montrent toutefois qu’un espace libre n’est pas nécessairement disponible pour la plantation.
Au total, l’analyse macro a recensé 172 sites représentant environ 15 hectares d’occasions de verdissement. En zone industrielle, celles-ci couvrent 10 hectares sur 147 hectares caractérisés, soit 6,6 %. En zone non industrielle, elles couvrent 6 hectares sur 35 hectares, soit 16,2 %. La zone non industrielle de Beauport est exclue de ces résultats puisqu’elle avait été analysée dans un autre mandat selon une méthodologie différente.
La proportion d’opportunités est donc plus élevée dans les zones non industrielles. Les résultats montrent aussi que la superficie disponible ne suffit pas à déterminer le potentiel : les usages, les infrastructures et les contraintes du milieu influencent fortement les possibilités d’intervention.
Le saviez-vous?
Un espace libre n’est pas nécessairement un espace plantable. En milieu portuaire, le potentiel de verdissement dépend de nombreuses contraintes visibles et invisibles : circulation et opérations portuaires, voies ferrées, réseaux souterrains, drainage, caractéristiques des sols ou encore besoins d’accès et d’entretien. C’est pourquoi l’analyse macro des superficies disponibles doit être complétée par une analyse plus fine avant de planifier une plantation.
Passer du potentiel à l’opportunité réelle : l’analyse micro
L’analyse micro approfondit les 172 opportunités identifiées afin de préciser les caractéristiques et les contraintes propres à chaque site et de soutenir la planification des interventions.
Un espace qui semble propice à l’échelle d’un secteur peut présenter, à une échelle plus fine, des contraintes limitant l’aménagement. La cartographie détaillée permet de les documenter et d’éclairer la prise de décision.
Les données ont été intégrées à un outil cartographique interactif. Les contraintes y sont représentées par des points, des lignes ou des polygones selon leur nature et leur emprise.
Cette représentation permet de visualiser les interactions entre les possibilités de plantation et les contraintes de chaque site, et de déterminer où la végétation peut être implantée sans compromettre les usages, les infrastructures ou les activités portuaires. L’outil pourra être mis à jour lorsque de nouvelles données seront disponibles ou que les usages du territoire évolueront.

■ Comparaison saisonnière de l’usage d’un espace vert à Pointe-à-Carcy (Photos : AF2R)
Conclusion – L’importance de verdir durablement
L’identification et la cartographie des opportunités de verdissement fournissent à l’APQ une base structurée pour planifier ses interventions. En combinant observations terrain, contraintes d’usage et analyse spatiale, la démarche permet de mieux comprendre le potentiel réel des secteurs et de cibler les zones à approfondir.
Menée par l’AF2R avec la contribution du Collectif Canopée et en étroite collaboration avec l’APQ, la démarche a mobilisé différentes expertises, de la caractérisation terrain à l’intégration cartographique, à la révision et aux communications. Cette démarche s’inscrit dans un effort plus large de verdissement, auquel contribuent aussi Emprises – espaces urbains et le Conseil régional de l’environnement – région de la Capitale-Nationale.
En documentant les opportunités et les contraintes propres au milieu industrialo-portuaire, l’APQ dispose d’une base commune pour transformer progressivement les opportunités identifiées en projets concrets et soutenir la mise en œuvre de son Plan de verdissement 2025-2035.
Pour en savoir plus
Association forestière des deux rives (AF2R) :
■af2r.org/project/cartographie-des-opportunites-de-verdissement-port-de-quebec

