Les mains à la pâte!
Julie Perreault, Architecte paysagiste et chargée de projet, Corporation de développement de la rivière Noire (CDRN)
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■ Équipe de projet (de gauche à droite) : Richard Leclair, programme COM-FPT de la polyvalente Robert-Ouimet (PRO), Julie Perreault, CDRN, Paule Ratté, Les Argousiers de Ste-Christine, et Sophie P. Voyer, Atelier Retailles. Photo : CDRN
Une équipe diversifiée conçoit un produit novateur en économie sociale et circulaire comme alternative aux plastiques agricoles et forestiers pour soutenir la pérennité des plantations tout en prenant soin de l’environnement.
Un après-midi, en contemplant les centaines de carrés de plastique noir qui tapissaient le sol des travaux de plantation de bandes riveraines que nous venions de réaliser, Paule Ratté et moi-même avons ressenti un réel besoin de procéder autrement.
Depuis plusieurs années déjà, des projets de plantation en bandes riveraines sont réalisés un peu partout sur le territoire rural au Québec pour soutenir la restauration de ces milieux sensibles. Un des principaux enjeux rencontrés est d’assurer l’établissement des nouveaux végétaux en minimisant la compétition avec la végétation déjà établie.
Émergence d’une option locale, circulaire et collective
Pour y répondre, la stratégie conventionnelle est l’installation d’un paillis de plastique au pied des végétaux. Utilisés massivement, ces plastiques de différentes compositions représentent pourtant un risque pour la santé des sols, de l’environnement terrestre et aquatique, ainsi que pour la santé humaine.
Nous avons pu constater que, sur le marché, il y a peu de véritables alternatives qui répondent aux exigences du terrain comme aux meilleures pratiques environnementales. Cette prise de conscience a donné naissance à notre idée de développer des paillis organiques, locaux et biodégradables, que nous avons appelés « biodisques ». Pour concrétiser techniquement cette idée et maîtriser la portée de ses tenants et aboutissants, nous avons alors imaginé un projet collectif qui unisse les forces et la créativité de partenaires de différents horizons.
La synergie de la complémentarité
Pour composer notre équipe de projet, nous avons misé sur le croisement d’expertises, d’expérience et de connaissances complémentaires. Chacun a su démontrer son attitude entrepreneuriale et sa capacité à faire émerger, d’une collaboration réussie, un produit unique, original et complet. L’ensemble du projet est un processus itératif qui se nourrit d’explorations, d’essais et d’échanges selon les défis et opportunités qui se présentent. Notre dynamique fonctionne à la manière d’une chaîne de production, où chaque acteur a ses tâches concrètes à réaliser.
La Corporation de développement de la rivière Noire (CDRN), organisme environnemental de la MRC d’Acton, a développé une cinquantaine de projets favorisant l’amélioration des milieux de vie et planté plus de 19 000 arbres et arbustes pour restaurer les bandes riveraines de son territoire d’intervention depuis 2004. L’organisme structure le projet, coordonne les différentes étapes de son développement et outille les partenaires.
La ferme Les Argousiers de Ste-Christine, dirigée par Paule Ratté, est une entreprise agroécologique à échelle humaine qui a mis au cœur de sa production la valorisation du vivant. Elle a la charge de produire les matières premières végétales, de la graine jusqu’à la maturité de la fibre, puis leur transformation en pâte préproportionnée. Avec la CDRN, elle s’occupe activement de la recherche et du développement du produit. Elle contribue à la validation de sa qualité, à la compréhension des standards du marché et à la viabilité du produit selon les contextes.
La polyvalente Robert-Ouimet (PRO) d’Acton Vale offre le programme Communications – Formation préparatoire au travail (COM-FPT) dirigé par Richard Leclair et Marie-France Verrier. Il s’agit d’un programme pédagogique axé sur l’acquisition de compétences professionnelles via l’entrepreneuriat pour des jeunes aux profils atypiques.
Ce sont ces élèves qui sont invités à fabriquer les biodisques dans le cadre d’activités incluses dans leur cursus pédagogique. Les jeunes sont impliqués dans le processus à toutes les étapes, de la production des matières premières et leur transformation à la ferme, de la prise de commande à la fabrication en classe et à la mise en terre sur le terrain.
Ce cadre permet de faire connaître le milieu agricole aux adolescents de la région comme projet d’emploi futur. Il génère un levier important pour la relève locale en permettant la connaissance du milieu et l’apprentissage par l’expérience.
Pour compléter et enrichir cette synergie, il y a l’artiste Sophie P. Voyer, dont l’Atelier Retailles a pignon sur rue à Montréal depuis plusieurs années. Son expertise dans la création de toutes sortes de papiers selon des méthodes ancestrales éprouvées et sa capacité de démocratisation et de transmission de ces connaissances sont ses forces. Ce sont des liants essentiels pour soutenir et développer ce nouveau produit et ce nouveau créneau de travail avec l’équipe de professeurs pour les jeunes étudiants.
Circularité des matières premières et tests terrain
Les matières premières utilisées dans la confection des biodisques sont locales, biodégradables et compatibles avec l’économie circulaire et sociale. La proximité des lieux d’approvisionnement réduit l’empreinte carbone liée au transport. Le papier déchiqueté provient d’un service déjà implanté et fonctionnel du programme COM-FPT de la PRO. L’étoupe de lin et d’autres sous-produits végétaux sont fournis par la ferme Les Argousiers de Ste- Christine et d’autres producteurs de la région.


■ Fleur de lin au champ (gauche) et lin sec (droite)
Effectivement, dans une optique de circularité et de développement durable, nous explorons la valorisation de différents sous-produits agricoles et textiles aux biodisques. Certains intrants pourraient provenir de fermes de la Route des Cultivateurs de la MRC d’Acton, devenant ainsi une opportunité de mise en valeur du terroir local, avec toutes ses particularités. L’intégration de gammes de semences favoriserait l’émergence d’espèces compagnes qui soutiendraient la mise en place d’infrastructures végétales, renforçant la connectivité et la régénération des systèmes naturels tout en créant une signature visuelle pour la région.
Prototypes, tests aux champs et standardisation de la production
Il s’agit d’un projet que nous déployons graduellement depuis l’automne 2024 en construisant et en documentant nos processus pour développer le meilleur produit. Dès l’hiver 2025, l’artiste Sophie P. Voyer a élaboré différentes recettes de pâtes pour évaluer les proportions des ingrédients, leurs fonctions et comportements en fonction des caractéristiques recherchées : souplesse, résistance, durabilité. Au printemps suivant, ces prototypes ont ensuite été installés aux champs à la ferme à Sainte-Christine. Ces essais ont permis de tester leur résistance aux conditions extérieures diverses et de sélectionner une recette qui corresponde aux critères de performance souhaités.
Durant l’année scolaire 2025-2026, le projet est arrivé en classe, invitant les professeurs d’abord puis les élèves ensuite à mettre les mains à la pâte avec nous. Avec la visite à la ferme suivie d’ateliers pratiques avec l’artiste, la transposition du projet dans le cadre concret de l’école a fait de nouveau évoluer nos méthodes de production. Cette transition a mis en lumière l’importance de la compréhension fine des processus et des méthodes de fabrication par l’équipe professorale pour en assurer la transmission aux élèves et débuter les premières productions. Cette étape charnière a permis d’adapter les outils et les étapes afin de développer des bases pour la standardisation de la production.
Sur le terrain : comment et où ces biodisques sont utilisés
Notre biodisque se démarque par ses fonctions multiples et structurantes et il recèle un grand potentiel par rapport à ses usages possibles en aménagement et en production horticole, maraîchère et forestière. Pour se déployer, le projet a bénéficié du soutien d’une bourse pour les initiatives en entrepreneuriat collectif (BIEC), de l’appui de Desjardins, vallée d’Acton, en plus d’avoir été récipiendaire du prix « Projet collectif dans la communauté » au Gala distinction de la Chambre de commerce de la région d’Acton.
De nouveaux partenariats financiers sont en cours d’élaboration pour amorcer la prochaine phase de développement. Les premiers biodisques produits sont utilisés à la ferme Les Argousiers de Ste-Christine, lors d’un projet environnemental de la PRO en bordure de la rivière Le Renne à Acton Vale. Ils seront également utilisés dans le cadre d’un partenariat avec la chercheuse Snizhana Olishevska, du CEROM, dans un projet soutenu par le MAPAQ qui vise la réalisation d’un guide d’implantation de Miscanthus x giganteus, plante bioindustrielle pérenne, reconnue pour ses nombreuses caractéristiques favorables à la composition de notre produit.
La vente des biodisques a démarré informellement et à petite échelle via la participation des partenaires à des programmations événementielles, telles des conférences et des journées thématiques, comme « Autour du lin » à la ferme Les Argousiers de Ste-Christine dans le cadre des Journées de la culture 2026. Les mécanismes de mise en marché formels seront travaillés dans les mois à venir.
Restez à l’affût!



■ Installation d'un biodisque lors d'une plantation
Pour en savoir plus
Personnes à contacter pour en connaître plus sur le projet :
Julie Perreault : julie.perreault@riviere-noire.org (450-701-0431)
Paule Ratté : argousiersstechristine@gmail.com (450-223-9933)

