L’AMÉNAGEMENT D’UN CHAMP NOURRICIER
POUR LA FAUNE
PAR KEVIN VACHON, PROPRIÉTAIRE DE KEVIN VACHON-CHAMPS NOURRICIERS
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■ (photo : Kevin Vachon)
Chaque chasseur rêve de posséder un immense terrain de chasse où les gibiers abondent, mais pour la plupart, la réalité est tout autre. La grande majorité des chasseurs de cerf de Virginie du Québec ont seulement accès à une terre qu’ils partagent souvent avec leur groupe. Dans l’article qui suit, je vous expliquerai comment il est possible de maximiser vos chances de récolter un gibier grâce à de petits terrains souvent oubliés ou délaissés par les autres chasseurs.
Depuis maintenant six ans, j’aménage des champs nourriciers et j’effectue la vente de semences destinées aux champs nourriciers. Je remarque que, depuis quelques années, il y a une forte hausse des aménagements de sites nourriciers en milieu forestier et agricole.
Le simple fait d’aménager un champ dans une parcelle isolée à petite superficie créera une concentration de plusieurs espèces qui le visiteront pour s’alimenter. Les perdrix, les dindons, les gais bleus, les lièvres, les porcs-épics, les marmottes et bien sûr le cerf de Virginie y trouveront leur compte. De plus, en diminuant le surbroutage des arbres, nous aidons à la régénération des forêts. En aménageant un site nourricier sur votre lot boisé par exemple, les cerfs de Virginie iront se nourrir dans le champ plutôt que de brouter les pousses dès la sortie de leurs bourgeons. Ils laisseront ainsi les jeunes pousses grandir.
Les champs nourriciers apportent une alimentation soutenue sur plusieurs mois en raison des plantes que l’on peut y semer. Certaines d’entre elles, dont les brassicacées, les trèfles et les chicorées, peuvent atteindre une teneur en protéines de 35 %. En forêt, un tel taux en nutriments n’est atteint que pendant quelques semaines, et ce, uniquement pendant la période estivale.
De gauche à droite : brassica, trèfle et chicorée. (Photo : Kevin Vachon)
Fournir une bonne alimentation aux chevreuils a un impact dès la naissance des faons au printemps. Une femelle en bonne forme physique donnera naissance à un faon plus corpulent. Si elle s’alimente d’une nourriture riche, elle aura une meilleure production de lait pour son petit.
CHOISIR L’EMPLACEMENT DU CHAMP
Le choix du site n’est pas une étape à négliger. Il est très important de vérifier que votre parcelle de terre répond à certaines exigences minimales. Autrement, même si le territoire désigné semble être l’endroit parfait pour y faire approcher les gibiers, si le sol n’est pas assez riche, votre champ ne pourra pas y voir le jour.
Bien entendu, nous ne prônons pas la déforestation de parcelles pour y aménager des champs nourriciers. Idéalement, nous privilégions des éclaircies en forêt, d’anciens chemins forestiers ou des gardes qui ne sont plus utilisées.
Comme l’illustre la figure 1, il est important de prélever des échantillons de terre à plusieurs endroits sur le site afin d’avoir des données représentant l’ensemble du territoire aménagé. Vous pouvez d’ailleurs faire ce prélèvement vous-même en récupérant de la terre à une profondeur de six pouces. Sachez toutefois qu’il est important de manipuler la terre avec des gants afin de ne pas fausser l’analyse avec l’acidité de vos doigts. Vous pouvez ensuite remettre votre échantillon à un centre Synagri ou à une quincaillerie agricole où une analyse complète pourra y être réalisée. À la suite des recommandations fournies par l’analyse de sol, il vous sera ensuite possible d’ajouter les nutriments manquants à votre sol, tel que de la chaux agricole pour contrer l’acidité par exemple.
Figure 1 : Exemple d’emplacements de prélèvements de sol sur une parcelle
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Prélèvement d’un échantillon de sol réalisé à une profondeur de six pouces dans la terre. (Photo : Kevin Vachon) |
CRÉER LE CHAMP NOURRICIER
L’objectif de la préparation du champ nourricier est de créer un site propice à la croissance de plantes annuelles et de contrôler la végétation concurrente. Le principe de base est donc de mettre le sol à nu afin de s’assurer que les semences seront bien en contact avec la terre.
Pour ce faire, nous procédons d’abord à la coupe des arbres et au retrait des souches s’il y a lieu. Selon le relief du terrain, l’utilisation d’une pelle mécanique peut à cette étape être nécessaire afin de rendre la surface la plus uniforme possible. Ensuite, nous devons éliminer la végétation basse en labourant et en hersant la terre. À cette étape, l’utilisation d’herbicides peut être de mise. Enfin, dès le printemps, nous semons un engrais vert qui agira à titre de culture temporaire dans le but de couvrir le sol et de contrôler les mauvaises herbes. En juillet, nous sèmerons ensuite les plantes annuelles. À ce moment, l’engrais vert sera enfoui dans le sol par le hersage, ce qui augmentera la matière organique et l’activité biologique du sol en nourrissant les microorganismes.
ROUND-UP OU PAS ?
Depuis maintenant trois ans, je n’utilise aucun pesticide dans l’aménagement de mes champs nourriciers. Ma vision est de réaliser des sites nourriciers les plus biologiques possibles. J’ai su démontrer que les résultats sont tout de même au rendez-vous, et ce, en utilisant des procédés différents tels que la plantation d’engrais vert ou de plantes abris.
Figure 2 : Exemple de choix de plantes et de leur emplacement sur un site aménagé
| 1 | Trèfle et chicorée | 4 | Brassica Turnip et Kale |
| 2 | Radis Daikon | 5 | Avoine, Winter pea et soya |
| 3 | Trèfle Crimson | 6 | Trèfle Crimson, chicorée et luzerne |
CONCLUSION
Toutes ces pratiques sont bénéfiques pour l’environnement et la nature. C’est dans l’optique de redonner à la nature ce qu’elle nous offre que nous aménageons des champs nourriciers. Nous pouvons également ajouter quelques arbres fruitiers directement sur le site de chasse. Chassons plus vert !
Pour en savoir plus
Pour des produits de semences spécifiques aux chevreuils et pour plus d’informations, consultez ce site Internet : kevinvachonchampsnourricier.com










